Test Okami
En février 2007, la PlayStation 2 a accueilli un jeu signé Clover qui a marqué tous les joueurs qui l’ont essayé. Son nom ? Okami. Un an et quelques mois plus tard, Ready At Dawn décide de porter le titre sur la Nintendo Wii. Si aux premiers abords, le portage ne semblait comporter aucun risque tant le soft d’origine est excellent, une question a tout de même éveillé quelques craintes : les développeurs ont-ils réussi à porter Okami sans dénaturer le goût de sa merveilleuse aventure ?
Fresque historique
Un jour, Nagi, un guerrier courageux désirant protéger un être cher d’une fin tragique, a décidé de brandir son épée et d’affronter un démoniaque dragon à huit têtes : Orochi. Mais l’homme, des plus braves, ne pouvait gagner seul… La déesse Amaterasu, qui a l’apparence d’un loup blanc, s’engagea dans la bataille pour triompher de la bête. Le combat fut rude et grâce à cette intervention divine (et l’aide de la nature), Nagi parvint à emprisonner le dragon au fond d’une grotte et à sceller cette prison magique avec son épée Tsukuyomi. Mais un siècle passa et une erreur fut commise : Orochi fut libéré de « ses chaînes ». Les deux héros du passé n’étaient plus de ce monde et nul ne paraissait pouvoir arrêter l’invasion des ténèbres… Mais cela c’était sans compter sur l’intervention divine de Sakuya, la fée de la forêt, qui réussit à sauver Kamiki, un village du Nippon et à insuffler l’âme de la déesse Amaterasu dans la statue du dieu Okami. C’est à ce moment là que commence l’aventure, l’éternel combat du Bien contre le Mal.
Alors que le sujet semble grave, les développeurs ont fait preuve de génie en allégeant les dialogues avec une bonne dose d’humour. Dès les premiers instants on fait la connaissance d’Issun, une petite créature aux idées parfois mal placées qui rend la réplique aux différents personnages qui interviennent. Légers et frais, les dialogues sont savoureux. Entrecoupés de scènes d’action et ponctués par des cinématiques de toute beauté, que les plus pressés pourront toujours couper en appuyant sur « + », ils s’apprécient du début à la fin. Un véritable plaisir, surtout lorsqu’on sait qu’il faut une bonne trentaine d’heures avant de faire le tour de la trame principale, à laquelle il faut rajouter de nombreuses missions annexes tout aussi intéressantes. Comme quoi, sauver le monde n’est pas un fardeau si pénible et lui redonner toute sa beauté induit une part de poésie qui laisse tout le monde rêveur, voire parfois même songeur. Les développeurs ont su créer un univers atemporel qui véhicule de nombreux messages en rapport avec les traditions japonaises qui, même à notre époque, sont évocateurs de morales et autres préceptes toujours d’actualité. Qui a dit que la protection de la nature était un sujet brûlant de l’actualité ?
Un coup de pinceau et on recommence
L’aventure ne pouvait être aussi fabuleuse sans le soin apporté à ce portage. Si le gameplay quasiment irréprochable sur PlayStation 2 avait impressionné, sur Nintendo Wii il coule de source. Amaterasu est une déesse qui contrôle le pinceau céleste. Lorsqu’on l’incarne, indubitablement, on doit s’en servir pour gommer les défauts du Nippon et y rajouter quelques couleurs. Que de plus naturel que de prendre la Wiimote pour un pinceau et de dessiner sur son téléviseur les diverses formes permettant de faire des interventions divines ? A croire que Clover avait pensé son jeu pour ce support… Tel un artiste dans son atelier, on agite son instrument du pouvoir avec précision, minutie et élégance. Un rond pour dessiner un soleil ou revigorer un arbre, un croissant pour faire tomber la nuit ou encore un trait horizontal symbole d’une lame tranchante, les actions sont diverses et variées. Au fil de l’aventure, Amaterasu rencontre des dieux protecteurs qui lui rendent petit à petit les treize pouvoirs du pinceau. Mais cette louve blanche n’en reste pas moins un féroce animal qui, équipé de base d’une sorte de bouclier, engrange différentes techniques de combat pour les réutiliser lorsqu’elle croise des démons. Avec courage et persévérance, elle chasse les mauvaises herbes et redonne à la nature tout son éclat d’antan.
Sous le charme
Sur PlayStation 2 Okami s’apparentait à une superbe toile, une sorte de tableau interactif que le joueur parcourait en se laissant bercer. Sur Nintendo Wii, les développeurs ont fait un travail de rénovation simplement formidable. Une compatibilité en 16/9ème, des graphismes un poil rehaussés et un univers graphique à part toujours aussi enchanteur, les améliorations semblent mineures mais on ne peut pas blâmer Ready At Dawn tant le travail de Clover était parfait. Les couleurs vives de la nature et le pelage de la louve contrastent le noir des ténèbres. Les jeux de couleurs sont merveilleux, les effets graphiques exceptionnels et le cel-shading est maîtrisé à la perfection. Même la bande son simplement magistrale nous laisse rêveur. La perfection n’est pas de ce monde, tel est le proverbe bien connu qui s’applique une fois de plus ici. Seul véritable défaut provenant de la première version du jeu : la caméra qui à certains moments perd la tête, sûrement les effluves de la peinture encore fraîche… Une sorte de petite tache d’encre que certains pourraient considérer, avec un peu de mauvaise foi, comme une signature de l’artiste. Et puis avouons-le, prenons notre plume et écrivons à l’encre indélébile le plaisir que nous ressentons à nourrir les animaux, aider les hommes et nettoyer la nature de ses quelques verrues qui, avec un coup de pinceau, s’évanouissent et se transforment en véritables grains de beauté.